Interview Bénévoles : Rémy et Pascale QUENOT
Le CSB met à l’honneur ses bénévoles !
Aujourd’hui, notre « reporter » Gaële Voarick s’est entretenue avec un couple de bénévoles emblématique du CSB : Rémy et Pascale Quenot.
Comme à son habitude, Gaële, avec sa plume légère, nous fait découvrir un morceau de l’histoire de notre club à travers celles et ceux qui l’écrivent au quotidien.
Bonne lecture !
Rémy et Pascale Quenot, les gardiens des dimanches du CSB
Au CSB, il y a les joueurs qu’on applaudit le dimanche. Et puis il y a ceux, sans qui le dimanche n’existerait tout simplement pas. Rémy et Pascale Quenot font partie de cette deuxième catégorie, et pas assez de la première.
Des bénévoles comme les clubs amateurs en fabriquent parfois, mais rarement à ce point-là. Des gens qui semblent avoir poussé directement au bord d’un terrain, entre une feuille de match, une marmite de cuisine et une troisième mi-temps qui déborde un peu. Chez les Quenot, le rugby n’est pas une passion. C’est une évidence.
Rémy, né au bord du stade
Rémy arrive au club à l’âge de trois mois. Autant dire qu’il découvre le terrain avant même de savoir marcher. Son père est dirigeant, ses trois oncles joueurs. Tous ont arrêté le rugby depuis quelques temps déjà… uniquement sur blessure, précise-t-il. Le dernier après une double fracture des clavicules, ce qui, dans certaines familles, suffirait à refroidir des vocations. Pas chez les Quenot.
La maman de Rémy, pourtant nourrie au rugby, tente bien de résister : « Trop violent. » Peine perdue. Rémy prend sa licence en 1974 et ne quittera plus jamais le CSB. À l’époque, le rugby n’a rien du confort moderne. Deux remplaçants seulement : un devant, un derrière. Pour jouer, il faut attendre, encaisser, progresser, parfois disparaître… puis revenir.
Rémy parle de Zigzag… Mais chez lui, les zigzags ne sont pas uniquement ceux d’un joueur. Ce sont ceux d’un club. Les changements de présidence, les générations qui se succèdent, les projets qui s’arrêtent puis reprennent, les joueurs qui partent à Seurre, à Dijon, puis reviennent, parfois adversaires du CSB avant de rechausser les crampons sous les mêmes couleurs. Une histoire faite de détours, jamais de lignes droites. Et au milieu de tout ça, des visages.
Rémy a notamment partagé le terrain avec Pascal Lastellas, lui aussi joueur et bénévole au CSB. Un coéquipier qui aujourd’hui encore officie en cuisine. Une fidélité de terrain et de club, de celles qui ne s’expliquent pas mais qui comptent.
En 1976, l’entraineur Michel Equey arrive au CSB avec Daniel Bœuf dans ses bagages. Une vraie bouffée d’ambition pour le club. Les dijonnais repartiront en 1979 mais comme souvent dans le rugby, les maillots changent plus facilement que les liens. Les années passent les souvenirs restent, et les amitiés aussi.
Parmi les souvenirs de Rémy, il y a ce match contre Chalon-sur-Saône face à Aimé Genelot, immense figure du rugby régional malheureusement disparu l’an dernier. Par le jeu des hasards des remplacements, Rémy se retrouve en première ligne, face à Aimé, Mémé pour les intimes. Un colosse. Plus de deux mètres. Et des mains qui semblaient faire plus de deux fois celles de Rémy.
Ses coéquipiers, toujours inspirés, lui soufflent des conseils d’une grande finesse tactique : Première idée : « Mets un doigt dans la poche de son short, ça l’empêchera de se lever ». Rémy exécute. Aimé trébuche, puis se retourne calmement en disant : « Plus jamais ça. Fais attention à toi. » Les copains insistent. Deuxième stratégie : « Marche-lui sur les pieds » Rémy obéit encore. Cette fois, Aimé se retourne et lui décroche une gifle monumentale. Une vraie. Une gifle de rugby à l’ancienne, une gifle qui remet les idées, le maillot et parfois la dignité à leur place. Après le match, quelques jours plus tard, Aimé croise le père de Rémy, et lâche simplement : « Fallait bien que je calme le petit. »
Le rugby d’avant, résumé en une phrase : un peu sauvage, souvent drôle, jamais rancunier. Professionnellement, Rémy a longtemps jonglé avec l’organisation et les responsabilités. Il a fait sa carrière chez Orange, d’abord sur les touches (un poste très technique) avant de devenir chargé des relations avec les élus. Un métier de contact, de dialogue et d’équilibre qui finalement lui ressemble assez bien.
Pascale, l’équilibre
Et puis il y a Pascale. Pascale, c’est le calme derrière le mouvement. Là où Rémy organise, anticipe, règle et sécurise, elle accompagne, ajuste, rend possible. Cuisine, service, vaisselle, coups de main : elle est partout sans jamais chercher à être au centre.
Elle a travaillé de longues années à la préfecture de Dijon et n’est à la retraite que depuis deux ans et demi. Mais ses dimanches, eux, sont au rugby depuis 1982.
Elle découvre ce monde-là en arrivant dans la vie de Rémy. Et très vite, elle comprend une règle simple : le dimanche ne commence pas au stade. Il commence à 11h15 autour d’un repas accéléré, pour être à l’heure sur le terrain.
Depuis, elle a tout connu : les générations qui passent, les enfants qui grandissent, les joueurs qu’on revoit des années plus tard avec leurs propres enfants.
Et surtout, la transmission. Notamment avec Pierre Charles, « PC » pour les intimes, neveu de Rémy, joueur en équipe première.
Pour Pascale, le rugby est devenu une seconde famille.
Ils se souviennent aussi, avec beaucoup de tendresse, du duo qu’ils appellent « Satanas et Diabolo » ou encore Pierre-Louis Clerget et Marc-Antoine Schivardi (mon frère). Ils se sont rencontrés à l’occasion du Rugby Loisirs XV64, que Rémy a géré pendant 20 ans. Et comme souvent au rugby l’histoire continue de s’écrire. Aujourd’hui le jeune Pierre, fils de Pierre Louis, porte à son tour les couleurs du CSB.
Une vie de bénévoles
Même loin du stade, difficile de quitter complètement le monde du bénévolat. En Haute-Saône, chez la mère de Pascale, ils finissent parfois… bénévoles au comité des fêtes.
Chez eux, aider n’est pas une activité. C’est un réflexe.
Rémy, lui, est le secrétaire du CSB. Un rôle invisible mais central : licences dès juillet, visites médicales, plannings, bus, repas, arbitres, sécurité, extincteurs, relations avec la Ligue… une mécanique totale qui redémarre chaque saison. Et qu’il maîtrise avec une régularité presque tranquille. Il dit ne pas être stressé. Il est surtout très organisé.
Le dimanche selon les Quenot
Le dimanche, Pascale enchaîne près de 12 000 pas entre cuisine, service et logistique. Rémy, lui, vérifie que tout tient debout, que tout est prêt, que rien ne déborde.
Le pire moment ? La mi-temps. Pas la troisième.
Comme quoi, même dans le rugby, il reste des zones de calme relatif.
Et quand on leur demande pourquoi ils reviennent chaque semaine, ils répondent sans hésiter : « On a ça dans notre ADN. Ce club, il est dans notre ADN. » Tout est dit.
Ils ont aussi élevé deux filles dans un environnement assez particulier : celui où le calendrier familial se construit autour des matchs à domicile, des déplacements et des repas du dimanche, avancés. Lucie et Marion ont grandi là. Elles n’ont jamais joué au rugby. Pas de mêlées, pas de crampons, pas de plaquage, mais il serait difficile de dire qu’elles n’ont pas grandi dedans. Chez les Quenot, le rugby n’a jamais été seulement un sport… c’est presque un colocataire.
Une certaine idée du CSB
Ils aiment ce rugby amateur qui change, qui s’organise, qui progresse. Ils apprécient la Fédérale 3, plus structurée que les saisons de Régionale 1, où tout semblait parfois plus flou.
Ils aiment surtout voir les jeunes grandir, monter, rêver. Et ils savent que le club, malgré ses évolutions, reste une chose simple : une affaire de gens.
Épilogue
Lorsqu’on leur demande, s’ils pensent lever le pied, la réponse est immédiate : « Quand André lèvera le pied. » Autrement dit : pas tout de suite.
Et si le CS Beaune devait leur ressembler… Pour Rémy, ce serait des œufs en meurette. Pour Pascale, une chanson : I Will Survive.
Quand on écoute Pascale et Rémy raconter le CSB, on comprend vite qu’ils ne parlent pas simplement d’un club de rugby. Ils parlent de leur vie !
Rémy y est arrivé dès ces premiers balbutiements. Pascale y a trouvé sa place depuis quarante-quatre ans.
Depuis, les saisons se sont succédées comme d’autres tournent les pages d’un album de famille : les montées, les blessures, les repas du dimanche pris trop tôt, les bus, les vestiaires, les bénévoles, les copains devenus des amis pour la vie et les générations de joueurs.
Pour ce couple emblématique de notre club, tout ce temps passé autour d’un terrain de rugby, ce n’est pas seulement de la fidélité. C’est une existence entière construite autour du CSB.
Et au fond, le CSB a autant besoin d’eux, qu’eux ont besoin du CSB. Parce que dans tous les clubs, il y a des matchs dont on se souvient. Mais il y a surtout des bénévoles comme Rémy et Pascale, qui discrètement, permettent à tous les autres souvenirs d’exister.
Peut-être que tout est résumé là.
Merci à vous deux.
Gaële Voarick