Portrait de recrue : Soheyl Jaoudat

01 Octobre 2019 - Actu Equipe A

Reprise du championnat oblige, nous n’avions pas encore eu le temps de vous présenter le dernier arrivé au CS Beaune pour cette saison 2019-2020. Nous réparons donc cela aujourd’hui. A 22 ans, l’arrière et parfois un peu ailier, Soheyl Jaoudat a un parcours peu commun dans le rugby. Né à Clermont et « fier d’être clermontois » comme il le dit, il a vécu des expériences que peu ont connu. Rencontre avec un rugby trotter qui compte bien faire sa place dans le rugby et beaunois et français.

CSB : « On peut dire que tu as commencé le rugby directement dans le haut du panier ? »

SJ : « En effet, même si j’avais déjà 13 ans quand j’ai commencé à jouer. Mon premier club fut l’AS Montferrand où j’ai fait toutes mes classes pendant 10 ans jusqu’à la catégorie espoirs en 2018. Cette année-là, on devient champion de France en battant Pau 24 à 19. Mais, j’avais atteint l’âge limite pour jouer avec les espoirs et le club ne m’a pas conservé. Je me suis donc mis à la recherche d’un autre club en France et Rodez devait être mon premier choix. Mais je me suis gravement blessé et cela n’a pas su faire. »

CSB : « Un très grave accident arrivé avec la sélection du Maroc ? »

SJ : « Oui, j’étais avec la sélection à XV avec l’équipe du Maroc et nous disputions la qualification pour le mondial contre le Zimbabwe. Là, je me fracture le crâne, une fracture ouverte, et onze jours plus tard, j’ai dû me faire opérer. Le plus bizarre, c’est que sur le coup, je ne me suis pas rendu compte de la gravité de ma blessure puisque je ne ressentais aucune douleur. Mais cet accident a stoppé net mon projet de jouer à Rodez. Au bout de 3 mois, la chirurgienne m’a donné le feu vert pour rejouer et malgré ce qui s’était passé, j’ai tout de suite su que je continuerai le rugby. »

CSB : « Où trouve-t-on l’envie de retourner sur les terrain après avoir vécu un tel accident ? »

SJ : « C’est tout simple en fait. J’avais consacré ma vie au rugby et je savais que j’étais loin d’arriver au bout de ce que je pouvais faire. Je n’avais pas encore goûté au monde pro donc, je ne me suis même pas posé de question. J’aime ce sport, ce qu’il représente, ce qu’il implique. Je ne me voyais pas faire autre chose. Je suis donc reparti à la recherche d’un club. J’ai notamment visité Saint-Médard et Trélissac mais aucun des projets qu’on me proposait ne m’intéressait réellement. Du coup, j’ai choisi une voie totalement différente et j’ai envoyé mes CV à la ligue américaine de rugby. »

CSB : « Pourquoi ce choix dans un pays où le rugby est un sport tout juste émergent et quasi inconnu face aux mastodontes que sont, entre autres le basket et le football américain ? »

SJ : « Déjà, il faut savoir que c’est une ligue professionnelle. C’était donc le bon moment pour partir. Je connaissais déjà des gens qui jouaient là-bas et qui y jouent encore d’ailleurs. Du coup, je savais quel était le niveau de jeu qui correspond à la Fédérale 1 avec deux équipes qui se détachent, Seattle et San Diego. Moi, j’ai intégré l’équipe d’Austin, la capitale du Texas. Cela fonctionne comme les autres sports US, sous mode de franchises. Pour l’instant, le championnat se joue à 9 équipes, l’an prochain, il y en aura 12. »

CSB : « Mais, y a-t-il réellement un intérêt pour le rugby aux Etats-Unis ? »

SJ : « Dès qu’il y a un sport qui émergent, les américains ont envie de s’y mettre. Encore plus quand il est olympique car les JO sont un symbole très fort aux Etats-Unis. Si l’équipe US est performante lors de la Coupe du Monde, le rugby va exploser là-bas et le championnat va pleinement s’agrandir. Et, selon les villes, le public suit. A Austin, on peut jouer devant 2 000 personnes, 3 000 à San Diego et je me suis vu avec un public de 5 000 personnes à Salt Lake City. Franchement, c’est énorme de jouer dans un stade immense devant autant de monde. L’engouement est à car c’est un sport nouveau pour eux. Ils le comprennent car on prend le temps de leur expliquer, notamment dans les stades via un écran géant. Ce n’est pas un sport inconnu, il y a quand même 975 équipes universitaires à travers le pays. La marche de progression est énorme et si la mayonnaise continue à prendre, il n’y a aucune raison que cela ne s’exporte pas. »

CSB : « Et au niveau du jeu pur, quelles sont les différences que tu as pu noter avec ce qui se fait en France ? »

SJ : « Le style de jeu est totalement différent aux Etats-Unis. Déjà, ils ne regardent pas du tout le rugby européen mais celui de l’hémisphère sud. On est focalisé sur le jeu à 100% car il n’y a pas de montée ou de descente donc, tu es débarrassé de cette pression. Les présidents mettent de l’argent dans les clubs pour leur plaisir. Moi, cela m’a permis de jouer deux rugbys différents et c’est vrai que le championnat US était fait pour moi car il y a beaucoup d’espaces, beaucoup de mouvements. J’ai eu l’occasion de m’éclater et de montrer ce que je valais. »

CSB : « Et pourtant, tu as fait le choix de rentrer au bout d’une saison ? »

SJ : « Au bout de 7 mois, l’ambiance à Austin s’est dégradé. Les coaches ont été licenciés, il n’y avait que 15 joueurs de légalement gardés. Je me suis mis en draft et j’ai commencé à regarder d’autres clubs. Mais la France me manquait et j’ai décidé de rentrer. »

CSB : « Et te voilà à Beaune, passant de la Côte Est américaine à la Côte d’Or française ? »

SJ : « Quand je me suis blessé en 2018, je suivais déjà le CS Beaune grâce à Karim Qadiri que je connais depuis 12 ans. On a beaucoup joué l’un contre l’autre en catégorie jeunes et espoirs et nous sommes partis ensemble en tournée en Afrique du Sud avec l’équipe du Maroc de rugby à 7. En rentrant des Etats-Unis, je suis venu à Beaune pour m’entraîner et j’ai rejoint le club fin août. »

CSB : « Et quelles sont tes premières impressions sur la Fédérale 1 que tu découvres ? »

SJ : « Je pense que le niveau est très bon. Quand on découvre les résultats, on se rend compte que tout est possible. C’est un championnat hétérogène bien qu’on se retrouve avec des clubs super amateurs et d’autres super professionnels. Mais on sait que tous les week-ends, une surprise peut arriver et qu’un petit fasse tomber un gros. »

CSB : « Et sur le CS Beaune ? »

SJ : « Beaune est un club qui pratique un jeu ouvert, un jeu qui laisse la part belle aux arrières. Je pense qu’il faut que je m’étoffe un peu physiquement mais, ce qui est sûr, c’est que j’ai envie de jouer. Je me suis senti très vite intégré dans l’équipe, j’y ai rapidement trouvé mes repères. »

CSB : « Quels sont tes projets maintenant que tu es de retour en France ? »

SJ : « Déjà, me remettre dans le circuit français pour avoir de la visibilité. A court terme, c’est de jouer un maximum, de re-goûter à la victoire et de continuer à progresser dans mon jeu, surtout au niveau de ma défense.  Je compense ce que je n’ai pas en physique par ma vitesse, le placement et la communication. Il faut toujours trouver des qualités à ses défauts. »

CSB : « Si Soheyl Jaoudat devait décrire Soheyl Jaoudat en trois mots, que dirait-il ? »

SJ : « Persévérant, sociable et confiant. »

CSB : « Et as-tu une devise ? »

SJ : « Pas une devise à proprement dit mais plutôt une phrase. Pour moi, il faut toujours prendre du recul sur tout ce qui se passe. Il y a toujours plus grave que le rugby dans la vie. »