Hasta la vista, coach Gilot

30 Septembre 2019 - Actu Espoirs Fédéraux 1

Il est des choses dont on sait qu’elles vont arriver mais qui traînent un peu en longueur, genre « Sœur Anne, sœur Anne ne vois-tu rien venir ? ». Et puis un jour, Barbe-Bleue se pointe à la porte et on se rappelle qu’on nous avait prévenus. Au CS Beaune, c’est un peu l’image du départ d’Alex Gilot : on savait que ça finirait par arriver mais la fenêtre restait fermée. Enfin, jusqu’à ce soir puisque ça y est, coach Gilot prend la tangente pour de bon. Et pas pour un club de Top 14, pas pour une sélection, même pas pour un autre challenge sportif. Non, pour un projet personnel en forme de road-trip, tente et sac à dos quelque part dans le monde.

Plus de « Baba O’Riley » résonnant à tue-tête dans nos locaux, plus de coups de gueule aux 4 coins du terrain, plus de blagues foireuses et vaseuses (oui, nous ne sommes pas tous nés avec un sens de l’humour inné). Pour ne rien vous cacher, ça fait un peu bizarre.

Parce-que, quoi qu’on en dise, c’est quand même une page de presque 10 ans qui se tourne. Mais, si on est honnêtes, elle n’avait pas commencé sous les meilleurs auspices. C’est qu’il n’a pas un caractère facile le garçon ! N’ayons pas peur des mots, il a même un sacré caractère de cochon. Et pis, comme la rumeur (fausse bien évidemment) veut que je ne sois pas un ange non plus, nos débuts se sont souvent faits dans les cris et les engueulades.

Mais on a appris à l’aimer notre Gilot parce-que, caractère de mierda ou pas, c’est quand même un sacré professionnel le garçon ! Si je devais le décrire, je dirai qu’il est le rugby. Il aime le rugby, il vit le rugby, on peut même dire qu’il le transpire, le rugby. Toujours à l’affût des nouvelles règles, des nouvelles techniques, il n’a eu pour seul but que de faire progresser les autres. Parfois dans la douleur, souvent dans les cris mais jamais sans l’intérêt de l’autre. Ce n’est pas pour rien qu’au fil des années on l’a surnommé « Le petit Descaillot ». Car oui, les similitudes sont nombreuses entre le mentor du CS Beaune des années 2000 et Alex. Et je crois pouvoir dire sans trop me tromper que son ancien prof de STAPS aurait été fier de voir ce que son élève est devenu.

Son leimotiv a toujours été les jeunes, leur progression, leur intégration, en tirer le meilleur pour qu’ils soient fiers d’eux mais également qu’ils portent haut les couleurs du CS Beaune dans tous les rugbys, sur tous les terrains de France et de Navarre. S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à coach Gilot, c’est l’investissement et l’énergie qu’il a mis au sein du club pendant toutes ces années. Sans lui, pas d’école d’arbitrage, pas de centre de perfectionnement,  pas de classes sportives dans les lycées, pas de formations internes pour les éducateurs, que des choses nécessaires à un club qui aspire à vouloir grandir.

Même si l’homme a pu faire peur parfois, même si on a souvent eu envie de lui mettre quelques claques, il est comme tous. Arrivé jeune chez nous, il a grandi, il a mûri, il s’est ouvert. Il a compris que le rugby n’était pas qu’une histoire de technique mais bel et bien avant tout, une histoire d’hommes. Et voilà comment nous sommes tous devenus une équipe à bosser ensemble, à communiquer ensemble, à échanger ensemble et, le plus important, à avoir de sacrés fou rires ensemble.

Oh, je vous rassure, il n’est pas devenu facile à vivre pour autant, il ne faut pas non plus trop lui en demander ! On peut même le taxer de dur parfois mais il a eu des résultats. Je pense à Yvann, à Luka, à Auguste aujourd’hui dans des clubs pros de Top 14 ou de Pro D2. Je pense à Max qui a atteint son rêve de pôle espoir et qui voit plus loin. Et je pense surtout à tous ces jeunes qui ont commencé à l’école de rugby et qui devenus majeurs sont toujours là à jouer pour le club. Alors bien évidemment, ce n’est pas la seule réussite d’Alex mais la réussite de tous ceux qui se sont investis. Le travail d’une équipe, tout simplement.

Il va manquer le garçon, pour beaucoup de raisons. Et à moi tout particulièrement parce qu’après une période d’adaptation compliquée (foutus caractères !), je suis fière de pouvoir dire aujourd’hui que non, nous ne sommes pas simples collaborateurs, nous sommes des amis.

Bon, après cet article, tout reviendra comme avant parce qu’il va me détester. Il est fort en gueule le petit mais paradoxalement, c’est un vrai pudique qui n’a jamais trop aimé qu’on parle de lui. Raté mon grand, nous n’allions pas de laisser partir sans te mettre mal à l’aise quand même. Tu sais pertinemment que ce n’est pas le genre de la maison et puis, il y a une certaine forme de vengeance. Si, si, cherche bien, tu devrais rapidement trouver pourquoi.

Bonne route Gilot, où qu’elle te mène. Mais s’il y a une chose dont je suis sûre, c’est qu’un jour, proche ou lointain, elle te ramènera à l’entrée d’un stade de rugby.